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2015-02-18T15:36:23+01:00

Deuxième round

Publié par Coralina
Deuxième round

Nous voilà rendus en décembre 2014. Neuf longs mois après ma fausse couche. Neuf mois durant lesquels j'ai eu tout le temps de m'imaginer le pire: ma grossesse était une chance unique, nous sommes quasiment stériles, jamais je ne retomberai enceinte, il va falloir enchaîner les examens, passer par la PMA (procréation médicalement assistée), je ne serai jamais maman avant trente ans, etc etc... J'en ai eu des crises de larmes.

En décembre cependant, deux changements: comme mentionné précédemment, ma DPA est passée et ça, ça m'a fait énormément de bien. J'ai cessé de compter le stade où j'aurais du en être, d'imaginer mon bébé, les sensations... Et puis nous avons déménagé, donc ça a accaparé 90 % de mon esprit et de mon temps. Ces deux facteurs ont fait que je pensais nettement moins à tout ça.

Je comptais quand même les DPO, évidemment, un peu. Je savais à partir de quand je pouvais tenter un test. Cependant, pour la première fois, je n'en avais pas envie. J'avais peur de faire un test, étrange mais bon, j'ai laissé courir. Quelques jours avant ma date de règles, j'ai commencé à avoir des pertes marron, je me suis dit que c'était encore fichu. Tant pis. Cependant, le jour J, pas de règles. Je n'ai jamais eu de retard en dehors d'une grossesse. Mais je refusais de tester, il me semblait évident que ça ne pouvait pas être ça. Après des mois d'échecs, on est résignée, on considère qu'un beau test positif appartient à une catégorie de femmes dont on ne fera plus partie. Le lendemain, toujours rien. Alors le matin je fais enfin un test, histoire d'être sûre que ce n'est qu'un simple retard, j'ai du mal compter, rien de plus. Et là, stupeur, il me sort une minuscule barre. Une femme qui n'a pas passé des mois à loucher sur des négatifs ne l'aurait même pas vue. Mais moi, j'ai fait la différence, immédiatement.

Une femme lambda aurait peut-être sauté de joie. Moi, je me suis sentie submergée par la nausée matinale que j'avais refusé de remarquer jusque là. Mes jambes ont tremblé, mon petit déjeuner a failli repartir et mes yeux se sont (encore) remplis de larmes. Je savais. Je savais que ce test (sur la photo) était bien trop faible pour mon stade, que mes pertes n'étaient pas normales. J'avais à nouveau été enceinte. Je le perdais encore une fois. Je n'ai pas réveillé mon homme pour le lui dire, à quoi bon. Je suis partie au travail, la routine, toujours elle. Les douleurs m'ont assaillie en pleine matinée, atroces. Rien à voir avec ma première fausse couche, pourtant plus précoce, celle-là a fait un mal de chien. Le midi, je suis rentrée (je ne travaille pas le mercredi après-midi, heureusement). J'ai annoncé de but en blanc à mon chéri "je suis enceinte, mais ne t'emballe pas, c'est encore une fausse couche". Avec le recul, j'ai été choquée de mon détachement, de l'évidence que c'était pour moi, que j'avais annoncé ça comme on annonce une facture dans la boîte aux lettres. Cela venait d'entrer dans ma routine. Etre enceinte, être en deuil. Aucune différence, après tout.

J'ai hésité à aller faire une prise de sang. Dans un sens, je voulais demeurer dans l'ignorance et me dire que mon test n'était pas positif, que c'était un banal retard de règles, que non, je n'avais pas été enceinte. Mais l'intensité des douleurs et le ravage en moi démentaient cette hypothèse. Mon chéri a préféré que je contrôle, histoire d'être surs. La prise de sang a confirmé, j'étais enceinte, mais taux totalement hors normes. Rideau.

Cette nouvelle fausse couche, je l'ai vécue de manière très différente. Dans un premier temps, je l'ai vraiment prise avec détachement. Une carapace que je suppose m'être forgée au fil des désillusions. Et puis le point heureux dans l'histoire c'est que je n'ai pas eu le temps de m'y attacher cette fois-ci, donc la douleur psychologique n'a rien à voir. Cependant, ça fait quand même mal. Une FC, on peut envisager le coup de pas-de-bol dont m'a parlé ma gynéco. Deux FC d'affilée, ça sonne faux, ça sonne le souci bien caché, ça sonne le début des ennuis et souffrances pour enfin donner la vie. Cette fausse couche a déclenché tout un système d'alarmes en moi. Je me suis résolue au fait que je n'allais pas être mère avant probablement un long...long moment. Je n'ai pas pleuré sur le coup, j'ai morflé physiquement comme jamais mais c'est tout. Cependant, cette nouvelle épreuve m'a profondément touchée. Là où les personnes extérieures n'ont aucun regard. Où même moi, je peux passer outre la plupart du temps. Mais les signes sont là, insidieux mais persistants. Avant tout une hypersensibilité exacerbée. Une fois par semaine, en gros, une crise de larmes. Déclenchée par une broutille, un minuscule désaccord avec mon compagnon et les larmes dégoulinent. Et, dans ces moments, en moi c'est un champ de mines, des idées noires en file indienne, de sales souvenirs, des années de souffrances auxquelles les FC se sont ajoutées, et sont peut-être devenues la goutte d'eau en trop. C'est occasionnel, ça passe vite, mais quand même. J'ai du mal à croiser des femmes enceintes. Les bébés ça va, mais les ventres ronds, c'est dur. Pour moi une grossesse avancée est une montagne inaccessible. J'ignore pour quelle raison, mais c'est un luxe qui, a priori, nous est refusé. J'aimerais que toutes les femmes enceintes durablement et toutes les mères aient autant conscience que moi que c'est une chance, un miracle de Dame Nature. Tomber enceinte vite, aller à terme, mettre au monde un bébé en pleine santé. Trois choses dont je rêve et, en même temps, auxquelles je commence à renoncer. C'est un deuil différent, mais c'en est un.

Mon compagnon l'a digéré, du moins ni mieux ni moins bien que moi. Lui, il reste convaincu que nous deviendrons prochainement parents, qu'on les aura, nos enfants. Qu'il n'y a peut-être pas d'autre problème qu'une malchance à laquelle j'ai toujours eu un abonnement. Que la troisième sera la bonne, ça arrive malgré tout souvent qu'après deux FC les grossesses se déroulent enfin bien. Heureusement qu'il est là. Je m'en veux de ne pas réussir à lui donner cet enfant dont on rêve tant, de lui infliger ces deuils successifs, mes pleurs, nos désillusions. "A quel prix aurons-nous enfin un enfant?" Cette question résume tout, mes peurs, ma rancoeur, ma culpabilité aussi. Jusqu'où s'étend notre seuil de tolérance? Comment vais-je me relever si je fais une troisième FC? Vais-je seulement me relever? Pourquoi ne pourrai-je jamais annoncer ma grossesse avec classe à mon compagnon, comme avec une peluche, un mot, des indices? Pourquoi dans ma tête, tomber enceinte, rime désormais avec le début des ennuis et un nouveau deuil à venir?

La seule chose encore évidente à mon esprit, c'est que je n'envisage pas ma vie sans enfant. Elle n'aurait alors aucune utilité. Nous n'avons pas (encore) renoncé.

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