Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

2015-03-02T08:59:01+01:00

On a beau dire que ça va...

Publié par Coralina

La fausse couche, c'est un mal latent. Comme je l'ai évoqué précédemment, le deuil d'un bébé qui n'a pas eu le temps de voir le jour, ni même d'être remarqué de l'extérieur, ça passera forcément inaperçu pour les autres. Personne n'est apte à comprendre la douleur latente qui reste. Il faut l'avoir vécu. Dans les premiers temps, j'en voulais au monde entier de ne pas comprendre, comment rester insensible à un mal aussi dur, aussi injuste et prenant? Puis j'ai fini par comprendre qu'il est impossible de saisir de l'extérieur la complexité d'un tel deuil.

Je ne peux pas dire que je souffre autant que les premiers mois après ma FC1. Je ne peux pas non plus dire que je suis la même qu'avant. Ces deux FC m'ont profondément métamorphosée, de l'intérieur du moins... Restent des "séquelles" qui ne sont que plus importantes après deux avortements spontanés. Lorsque je vois une femme enceinte, je ne peux m'empêcher de sentir mon coeur se serrer. Je ressens un mélange d'injustice profonde: "pourquoi elle a ce droit le plus élémentaire et pas moi?" et de culpabilité "elle sait garder un bébé, pas moi". C'est inévitable. J'ai beau être une femme forte, quelqu'un qui a suffisamment souffert dès sa jeunesse pour se forger une sacrée carapace, me retrouver face à mes FC me fait m'écrouler intérieurement, alors aussi fragile qu'un château de cartes. Je ne laisserai rien paraître, mais il est évident que de ces deux épreuves, je n'en suis pas ressortie plus forte. Et ce qui demande peut-être le plus d'énergie, c'est de cacher ces sentiments, taire cette injustice, camoufler cette tristesse omniprésente, enterrer cette peur...

Il n'y a qu'avec mon chéri que je suis moi-même. Parce qu'on a vu qu'on aurait pu exploser sous le silence qui a suivi ma FC1. On s'est promis de tout se dire, je m'y tiens. Alors tant pis s'il me voit souvent pleurer pour un rien, tant pis s'il sent l'angoisse monter en attendant mes règles, désolée si je supporte mal le fait qu'on accumule les échecs, que j'ai l'impression que notre rêve d'enfant s'éloigne un peu plus chaque jour. J'ai très peur. On voulait une famille nombreuse, bientôt neuf ans qu'on en parle. Et si, finalement, on ne restait qu'à deux? Si j'étais incapable de porter la vie, que mon corps, fidèle à sa malchance, ne fasse que la rejeter? Je sais qu'alors, si vraiment c'était ça, je ferais tout pour le faire fuir. Par amour. Qu'il puisse avoir ces enfants que je ne saurais lui donner. C'est horrible de penser à ça, ces pensées font partie du fardeau post-FC, mais elles sont aussi inévitables. Après une fausse couche, on pense "comment vais-je m'en remettre?" après deux fausses couches ça devient "et si ça ne marchait jamais?". La seconde question fait froid dans le dos. Heureusement, on est un couple costaud, on a résisté à bien des obstacles, mais de quel droit l'empêcherais-je d'être père? On n'en est pas à là, mais cela fait partie de mon lot quotidien de pensées parasites.

La seconde partie du cycle est la plus difficile. Celle où tous les espoirs autant que toutes les peurs sont permis. Celle où on fait un test, où apparaît une petite barre "oh mon dieu, c'est merveilleux" "mais qu'est-ce que je dis, oh mon dieu, voilà le début des ennuis". On a peur, c'est surtout la peur qui domine maintenant. On scrute le test, la petite barre s'estompe, comme les espoirs fondant comme neige au soleil. "Ça a pris neuf mois la dernière fois, quelle naïve penserait que ça remarchera avant octobre, hein?". Finalement, au test négatif, reviennent les sentiments habituels: je suis nulle, infertile, et toujours aussi vide. Je fais quand même attention, jusqu'aux règles, par acquis de conscience: j'évite l'alcool, ne porte rien de lourd, ne force pas trop... Sait-on jamais. Au fond de moi, je sais que c'est inutile: il y a 80% de chances que je ne sois pas enceinte et puis la gynéco me l'a bien dit "si une fausse couche doit se faire, elle se fera."

Contrairement à ce que cet amas de jérémiades pourrait faire croire, je ne suis pas au fond du trou. Fragilisée, oh oui! Désespérée, pas encore. Pour tout dans la vie, sans exception, il m'a fallu lutter. Je ne fais pas partie de ces gens pour qui tout se déroule facilement et sans accroc. Il m'a fallu rater, pleurer, désespérer, puis me battre comme une tigresse, recommencer, parfois plusieurs fois, mais j'ai toujours fini par atteindre mon but. Alors je suis prête, c'est peut-être mon plus gros combat celui-là, ou disons celui dont l'enjeu m'est le plus cher mais il est évident que je ne suis pas prête à déclarer forfait.

On a beau dire que ça va...

Voir les commentaires

commentaires

Girl Gift Template by Ipietoon - Hébergé par Overblog