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2016-02-27T17:35:50+01:00

RDV 1, J-19

Publié par Coralina

C'est fou ce que dans ce parcours on passe d'une émotion à une autre, sans arrêt. Je me demande si, une fois enceinte (après les 12 semaines fatidiques), ça se stabilise un peu tout ça. Si on est simplement heureuse. Heureuse plus de 12 heures d'affilée.

Je n'ai jamais été une femme instable. J'en ai mangé des obstacles dans ma vie, dès mon enfance et je m'en suis toujours honorablement sortie. Jamais de grosse dépression, jamais d'isolement, de pétage de plombs, rien (quelques troubles alimentaires, réglés sans aide médicale). Je suis restée solide et stable pour ceux que j'aime. Je n'ai jamais eu de grande considération envers moi-même mais je pourrais tout donner pour mes proches. D'où la frustration terrible de ne pouvoir donner un enfant à l'homme qui partage ma vie depuis presque dix ans.

Depuis qu'on a pris notre RDV à la PMA, mon humeur quotidienne est plus constante. Je me suis vraiment éloignée de ma douleur qui a cédé la place à l'attente. Je ne me considère plus comme en essais. Je suis quelqu'un qui attend un remède à son mal, et non plus une guérison miracle. Et, croyez-moi, dans la tête, ça change tout. Je me suis faite à l'idée qu'on aurait pas notre bébé sans aide, et c'est d'ailleurs préférable, car on ignore combien de fausses couches pourraient encore se succéder avant La Bonne grossesse. Je préfère autant être encadrée, même si quand on se lance dans les essais, on n'imagine pas une seconde que ça finira comme ça.

J'ai été touchée ces derniers jours. En plus de voir un nombre de visites ici en constante augmentation (jamais, non plus, je ne me serais attendue à ça), j'ai reçu des messages qui m'ont beaucoup émue. Parmi mes visiteuses, il y en a qui ont connu la douleur des FC, de l'infertilité, mais il y a aussi des mamans normales (heureusement que ça existe encore) qui arrivent tout de même à comprendre ce que les moins chanceuses vivent, qui se sentent touchées par mon histoire, une histoire parmi des milliers d'autres. Quand j'ai ouvert ce blog, il y a un an pile, c'était exactement le but poursuivi: soutenir, expliquer, aider à comprendre. Briser un tabou qui perdure encore, briser ce silence gêné qui entoure l'infertilité sous toutes ses formes. Je ne nie pas également que ça me défoule aussi d'écrire, et puis si notre parcours trouve une issue positive, je ne veux pas oublier par quoi nous serons passés, ce qui nous a rendu si forts, si combatifs, et ce qui rendra notre enfant si précieux. Tout ça pour dire que chaque message reçu m'émeut vraiment, et me dit que ce blog accomplit silencieusement une mission pas simple, ça m'encourage à le poursuivre, alors que la tentation de le fermer frappe parfois à ma porte, dans les moments de désespoir où je suis tentée de disparaître de la toile et me cacher dans mon trou. Alors merci, encore une fois.

Et puis, derrière ces émotions positives, il reste des coups durs. Voir des copines de galère, que l'on suit via la toile depuis un voire deux ans, retomber enceintes, ça vaut presque le bonheur de l'être soi-même. Je suis aux anges, excitée comme une puce, de voir des tests positifs dans mon groupe de copines (à qui je fais un énorme bisou). Elles ont toutes galéré, certaines sont enfin mamans ou bien avancées dans une grossesse réussie. Et puis d'autres rament encore, tombent enceintes ou pas (j'ai obtenu un ticket dans le clan réduit des "ou pas", j'espère qu'on finira par couver toutes ensemble). Alors chaque test positif est une fête.

Mais, souvent ces derniers mois, le sort semble s'acharner, les grossesses s'arrêtent. Là, on est toutes présentes pour l'infortunée. La plupart d'entre nous avons connu ça, nous savons comme c'est terrible. Ca a beau commencer à dater, je me souviens comme si c'était hier de ce que j'ai pu ressentir à chacune de mes FC. Je le revis facilement, même si la plupart du temps, j'enfouis. Je connais cette douleur qui semble tout envahir, nous plonger dans un abîme de noirceur que l'on pense sans fin. Je connais cette colère quand c'est la seconde ou troisième FC, qu'on sent que c'est juste de l'acharnement, qu'on se dit que ça va nous tuer tout ça, qu'on ne veut plus, qu'on ne peut plus...Alors quand mes deux copines, ces derniers temps, on refait des FC, j'ai ressenti une peine et une colère sans nom. Je ne comprendrai jamais, vraiment jamais, pourquoi dans ce monde, tant enfantent sans problème alors que d'autres, les copines, moi, doivent souffrir jusqu'à y laisser une grande partie de ce qu'elles étaient avant cela. Bien que je ne sois physiquement présente auprès de mes copines, je prends juste une petite place ici pour dire comme je tiens fort à elles et compatis, dans tout le sens de ce verbe, et au plus profond de mon être, à l'innommable qu'elles vivent.

RDV 1, J-19

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